Nous avons vu dans un précédent article qu’il est important de protéger nos animaux contre certains parasites externes. Cette protection passe par une prévention, visant à empêcher les parasites de s’installer sur l’animal, mais parfois l’animal est déjà infesté, et il faut alors l’aider à se débarrasser de ces parasites pouvant être néfastes pour lui comme pour nous ou les autres animaux à son contact. Pour ce faire, nous pouvons avoir recours à des produits chimiques ou naturels. Quels sont leurs principes d’action, et leurs avantages et inconvénients ?

Antiparasitaires externes chimiques : efficacité prouvée, mais des risques pour l’animal traité, l’homme et l’environnement

Les antiparasitaires externes chimiques, visant à éliminer puces et tiques, peuvent avoir des effets néfastes non seulement sur les chiens et chats, mais aussi sur les humains et sur l’environnement. Ce sont des molécules destinées à éradiquer les parasites externes : ce sont donc des insecticides et acaricides, avec des spectres plus ou moins larges, et des modes d’action différents. Lorsqu’ils sont utilisés fréquemment, les insectes et acariens finissent par développer des mécanismes de résistance qui les rendent alors inefficaces.

Ils sont en général efficaces aussi bien pour la prévention que pour éradiquer une infestation importante. Ils se présentent sous différentes formes galéniques : spot-on en pipette ou sprays qui diffusent dans les lipides de la peau ou pénètrent l’organisme par voie transcutanée pour un effet systémique, colliers qui diffusent la substance active pendant plusieurs semaines, ou encore comprimés avec absorption intestinale de la substance active pour une action systémique. Ils sont pour la plupart rémanents, c’est-à-dire qu’ils sont actifs pendant plusieurs semaines (ce qui peut être problématique en cas de réaction adverse).

Faisons un tour d’horizon des différentes molécules proposées dans les gammes d’anti-parasitaires vétérinaires, en portant notre attention sur les effets secondaires potentiels sur l’animal, les effets néfastes possibles pour l’homme, et l’impact sur l’environnement.

Les spot-on et sprays

Ces présentations galéniques sont des produits dans lesquels la ou les molécule(s) active(s) diffuse(nt) dans la peau de l’animal, grâce à des propriétés lipophiles, c’est-à-dire à une affinité pour les lipides de la peau. Leur pénétration transcutanée et leur diffusion dans l’organisme est très limitée – mais pas toujours nulle- donc leurs potentiels effets secondaires sont aussi limités, sauf si l’animal se lèche après application. De plus, en tant que molécules lipophiles, elles ne peuvent normalement, en cas de diffusion dans le sang, passer la barrière hémato-méningée et atteindre le système nerveux central de l’animal. Cependant, la plupart de ces produits peuvent malgré tout causer des effets secondaires neurologiques, qui bien que rares, montrent qu’un minimum de diffusion systémique se fait, et que la barrière hémato-méningée peut parfois être passée : certaines conditions pathologiques peuvent notamment en favoriser le passage, il faut donc être particulièrement vigilant lors de l’utilisation de ces produits sur un animal malade.

Leur action contre les parasites externes se fait donc par contact avec ceux-ci, lorsqu’ils arrivent sur la peau de l’animal. Étant présents dans la peau, ces produits peuvent subir un certain degré de lessivage en cas de pluie ou de bain, et se retrouver alors dans l’environnement, pour lequel ils présentent souvent une toxicité importante.

Le fipronil

Il s’agit de la molécule composant l’un des anti-puces les plus diffusés et connus, le Frontline, mais que l’on trouve aussi dans d’autres produits vendus en pharmacie, animaleries ou supermarchés tels que Effipro, Fiprotec, Fiprospot, Duoflect, etc. Cette molécule a été tellement utilisée que les puces ont développé une résistance envers elle, rendant ces produits inefficaces. Le plus récent Strectis, équivalent du Frontline Combo, est plus dosé en fipronil, et la dose recommandée en deux fois plus élevée que celle recommandée pour le Frontline, ce qui le rendrait supposément plus efficace. Certains produits proposent également une association du fipronil avec d’autres molécules, pour renforcer son efficacité.

Ces produits sont proposés en spot-on et en sprays. La pénétration transcutanée est faible, et le fipronil diffuse principalement dans les lipides de la peau : les puces et tiques sont tuées par contact avec cet insecticide-acaricide. Le fipronil interagit avec le neurotransmetteur GABA (acide gamma-aminobutyrique) et ses récepteurs au niveau des synapses, qui sont des canaux permettant le transfert du chlore au travers cellulaires pré- et post-synaptiques. Bloquant le transfert des ions chlore, il provoque une activité incontrôlée du système nerveux central des insectes et des acariens, puis leur mort.

Les effets secondaires signalés dans le RCP, a priori rares, sont des réactions cutanées transitoires au niveau du site d’application (desquamation, perte de poils, démangeaison et rougeur localisées) ainsi que des démangeaisons ou une perte de poils généralisées, mais aussi de la salivation excessive, des signes nerveux réversibles (augmentation de la sensibilité à la stimulation, abattement, autres signes nerveux) ou des vomissements. En théorie, le fipronil pénètre très peu l’organisme, et ne peut passer la barrière hémato-méningée, c’est-à-dire qu’il ne peut parvenir jusqu’au cerveau et aux synapses du système nerveux des animaux sur qui il est appliqué. Les fabricants ne déconseillent pas l’utilisation pendant la gestation, mais sur la notice du Strectis il est tout de même signalé qu’ « une étude a montré des effets sur le développement (par ex. : neurotoxicité) chez le rat ».

En ce qui concerne le danger pour les humains, il est stipulé dans la notice que « ce produit peut provoquer une irritation des muqueuses, de la peau et des yeux ». Il est donc recommandé de ne pas toucher l’animal avant que le produit ait séché. Cependant, une fois le produit sec, la molécule est alors présente sur la peau et le poil de l’animal, et nous sommes donc à son contact dès que nous caressons l’animal traité, ce qui est d’ailleurs le principe de l’action du produit. La pénétration est faible, certes, mais pas nulle. De plus, un enfant par exemple, qui met les mains à la bouche après avoir caressé un chien ou un chat traité, est alors exposé à une pénétration par voie orale, qui se fait beaucoup mieux que par voie transcutanée ! Ainsi, l’association Générations Futures, ayant analysé des cheveux d’enfants pour y mesurer leur exposition à des pesticides en 2014, a constaté une exposition très importante au fipronil dans les familles utilisant des antiparasitaires contenant cette molécule ![4] Or, une étude publiée récemment dans le Journal of Alzheimer’s Disease démontrait que le fipronil induisait sur le cerveau du rat des changements typiques de la maladie d’Alzheimer.[5] De plus, Jean-Marc Bonmatin, chercher au CNRS et vice-président du Groupe de travail sur les pesticides systémiques (TSPF), nous alerte sur les effets toxiques du fipronil sur le développement neurologique des enfants. Le fipronil est enfin classé comme cancérigène par l’Environnemental Protection Agency américaine.

En ce qui concerne l’environnement, bien sûr, le fipronil est là aussi néfaste. Il était autrefois utilisé en agriculture comme pesticide, mais il a été interdit en France en 2004 ! En effet, en tant qu’insecticide et acaricide, il tue non seulement les puces mais aussi les abeilles, les papillons, les coléoptères etc… Bien sûr, utilisé sur un animal de compagnie, il aura bien moins d’impact qu’en agriculture, car beaucoup moins de contact avec les insectes, mais il peut tout de même avoir un impact, se retrouvant dans l’environnement suite à une pluie ou un bain, bien qu’en faible quantité. De plus, il est toxique pour les organismes aquatiques, qui seront affectés par exemple si un chien traité se baigne dans un cours d’eau.

Le S-méthoprène

Le méthoprène est associé au fipronil dans le Frontline Combo et le Strectis. C’est un régulateur de la croissance des insectes, qui inhibe le développement des formes immatures en mimant l’action de l’hormone juvénile. Il agit par contact, et n’est pas absorbé à travers la peau. développement et la mort des formes immatures de puces. Le (S)-méthoprène agit par contact.

De même que le fipronil, il agit non seulement sur les puces, mais aussi sur les autres insectes, d’où un impact potentiel sur l’environnement. De plus, il est également toxique pour les poissons et autres organismes aquatiques.

La perméthrine

Cette molécule est associée au fipronil dans le Frontline Tri-Act, l’Effitix, ou encore le Fipromedic Duo. On la retrouve aussi dans l’Advantix, associée à l’imidaclopride, dans l’Ectoline-on associée au piryproxifène, ou seule dans le Caniguard. Cette liste est bien sûr non exhaustive. Ce sont ici aussi des spot-on, et la perméthrine de même que le fipronil pénètre très faiblement à travers la peau. On la trouve également dans certains shampoings antiparasitaires, comme le Pulvex.

Il s’agit d’un insecticide acaricide avec une activité répulsive, qui ralentit l’ouverture et la fermeture des canaux à sodium voltage-dépendants des vertébrés et des invertébrés, conduisant ainsi à un état d’hyperexcitabilité et à la mort du parasite.

Les effets secondaires connus chez le chien peuvent consister en des signes neurologiques légers, des vomissements et de la diarrhée, transitoires. En revanche, la perméthrine est mortelle chez le chat ! En effet, celui-ci est incapable d’éliminer la molécule une fois celle-ci absorbée, et souffre alors de troubles neurologiques (tremblements, convulsions, ataxie, agitation, coma) associés parfois à des signes digestifs tels que l’hypersalivation. Malgré l’absorption en théorie faible, quelques gouttes d’une pipette peuvent suffire à induire des effets graves chez les animaux les plus sensibles : en 2012, l’Anses enregistrait encore 258 déclarations d’effets indésirables chez des chats auxquels avaient été administrés des traitements à base de perméthrine : 121 des cas ont été jugés graves et 16 ont entraîné la mort de l’animal. [2]

Chez l’homme, une étude de l’INSERM de 2015, portant sur une cohorte de presque trois cents couples mère-enfant, a mis en évidence, chez les enfants exposés aux pyréthrinoïdes vers l’âge de 6 ans, un risque délétère du développement neurologique avec une « baisse significative des compétences cognitives« . [6]

La perméthrine est enfin très toxique pour les poissons d’eau douce et pour les invertébrés aquatiques d’eau douce, et légèrement toxique pour les algues vertes. Elle peut persister dans l’eau jusqu’à 175 jours, et son potentiel de bioaccumulation dans les tissus des organismes aquatiques est élevé. Elle est également faiblement toxique chez les oiseaux exposés par voie orale, comme les canards, et très toxique chez les abeilles et autres insectes. [1]

L’imidaclopride

On trouve cette molécule dans des spot-on tels que l’Advantage, le Clearspot, l’Advantix (en association avec la perméthrine), ou l’Advocate (en association avec la moxidectine). Il se retrouve aussi dans les colliers Seresto (associé à la fluméthrine, de la même famille que la perméthrine).

L’imidaclopride se lie aux récepteurs nicotiniques de l’acétylcholine de la région post synaptique du système nerveux central des insectes. L’inhibition de la transmission cholinergique qui s’en suit conduit à la paralysie et à la mort des insectes. De part sa faible affinité pour les récepteurs nicotiniques des mammifères et son faible passage supposé de la barrière hémato-méningée de ceux-ci, l’imidaclopride n’a supposément pas d’effet sur le système nerveux central des mammifères. Comme les molécules précédentes, l’imidaclopride se distribue dans la peau de l’animal, mais est peu absorbé par voie transcutanée.

Les effets secondaires sont a priori assez rares : réactions cutanées telles que perte de poil, rougeurs, démangeaisons et lésions cutanées, agitation, et exceptionnellement salivation excessive et signes nerveux tels qu’incoordination, tremblements et dépression. Chez l’homme, le contact cutané peut occasionnellement provoquer une irritation voire une brûlure.

En ce qui concerne l’environnement, l’imidaclopride a un impact non négligeable. Il est légèrement toxique chez les poissons d’eau douce, les invertébrés aquatiques d’eau douce, et les algues vertes, et faiblement toxique pour les plantes vasculaires. Il est toxique pour les oiseaux (ce qui vaut aussi pour les oiseaux domestiques, et notamment les canaris). En revanche, il est très toxique chez les abeilles et autres insectes. Il est persistant dans le sol et dans l’eau, et peut contaminer l’eau souterraine par lixiviation, ainsi que l’eau de surface par ruissellement, et est enfin susceptible de se volatiliser à partir des sols humides. [1]

Le pyriproxifène

On le touve dans des spot-on comme l’Effipro et le Fiprotec (avec du fipronil), l’Ectoline-on (avec la perméthrine), et l’Ectocycle, qui sont des spot-on.

Il s’agit d’un inhibiteur de croissance des puces qui a la capacité de mimer l’hormone juvénile. Il est très peu toxique pour les animaux de carnivores et l’homme, et peu absorbé après application cutanée.

En revanche, il est toxique chez les poissons d’eau douce et les invertébrés aquatiques d’eau douce. Il est également toxique chez les algues et les plantes aquatiques. Il est par contre faiblement toxique chez les abeilles. [1]

Les ivermectines

On retrouve les ivermectines dans certains spot-on, comme notamment l’Advocate ou le Stronghold. Elles ont une action antiparasitaire externes, mais également internes, par diffusion dans le sang de l’animal, et seront traitées dans un prochain article sur les anti-parasitaires internes.

Les excipients

Les excipients sont les molécules qui servent de support aux molécules actives. Ils peuvent avoir une toxicité propre, indépendamment de celle de la molécule antiparasitaire.

Ainsi, par exemple, dans le Frontline Tri-act, l’excipient N-méthylpyrrolidone peut induire une foetotoxicité et une tératogénicité après une exposition significative : les femmes enceintes doivent porter des gants afin d’éviter tout contact avec le médicament, qui de même ne doit pas être appliqué sur une femelle gestante.

Autre exemple, le Butylhydroxytoluène (BHT), excipient de quasiment tous les spot-on cités précédemment, est un anti-oxydant, aussi utilisé comme additif alimentaire sous le nom E321. Il est listé « Probablement cancérigène » à l’Association française pour la Recherche Thérapeutique Anti-Cancéreuse (ARTAC)  [7]. Différentes sources citent également comme effets secondaires un effet de perturbateur endocrinien (effet sur la reproduction et le système hormonal, et potentiel cancérigène, selon l’Anses), un effet hépatotoxique, de potentielles allergies, une irritation de la peau et des muqueuses, etc.

Le diméthicone

Molécule de la famille du silicone, le diméthicone, bien que parfois classé parmi les produits naturels, est en réalité un produit chimique de synthèse. Cependant, son action est mécanique, et il est a priori dépourvu d’effets toxiques. On le trouve sous forme de pipettes ou sprays. Il est par ailleurs également utilisé dans les traitements anti-poux pour les enfants, et en cosmétique.

En effet, déposé sur la peau et le pelage de l’animal, il englue les parasites – insectes et acariens, les immobilise, et obstrue leur système respiratoire, conduisant à leur mort. Ils se détachent alors de l’animal et sont éliminés par simple brossage. Il agit ainsi aussi bien sur les parasites adultes que sur les œufs ou les larves. Il n’a aucun impact nocif sur l’animal, l’homme ou l’environnement. De plus, en raison de son action mécanique, les insectes et acariens ne peuvent y développer de résistance.

Les comprimés

Certains antiparasitaires externes plus récents se présentent sous formes de comprimés. La substance active est alors absorbée à travers la muqueuse intestinale et diffusée dans le sang, où elle persiste pendant plusieurs semaines : 4 à 12 selon les produits (ce qui, ici aussi, peut être problématique en cas de réaction adverse). Ces substances sont ici aussi insecticides et acaricides : les puces et les tiques sont tuées après avoir piqué l’animal et consommé son sang. De la même façon que les molécules contenues dans les spots-on, ces substances agissent sur le système nerveux des insectes et acariens. Elles sont sensées avoir une activité sélective pour les récepteurs des insectes et non pour ceux des mammifères. Malgré tout, des signes neurologiques sont rapportés. Enfin, leur élimination dans le milieu extérieur se fait normalement sous forme inactivée, mais elles restent toxiques pour les organismes aquatiques et les insectes et acariens qui pourraient être à leur contact dans l’environnement.

Les isoxazolines

Cette famille de composants inclut le furalaner du Bravecto, l’afoxolaner du Nexgard, et le sarolaner du Simparica. Ces produits sont proposés sous forme de comprimés pour les chiens, actifs contre les puces, les tiques, la démodécie, la gale sarcoptique et la gale des oreilles. Leur durée d’action est de quatre semaines pour le Nexgard et le Simparica, et douze semaines pour le Bravecto. Le Bravecto est aussi proposé sous forme de pipettes pour les chats, avec du furalaner seul ou associé à une ivermectine.

Les isoxazolines bloquent les canaux chlorures GABA et glutamate du système nerveux central des insectes et des acariens, ce qui provoque une augmentation de la stimulation du système nerveux et la mort des parasites. En théorie, elles présentent une affinité de blocage fonctionnel des récepteurs des insectes/acariens très supérieure à celle des récepteurs des mammifères.

Ces nouvelles molécules, réputées sûres et sans effets secondaires, ont pourtant fait l’objet en septembre 2018 d’une alerte de la Food and Drugs Administration américaine, équivalente de l’Anses. En effet, elles sont susceptibles de provoquer des signes neurologiques tels que trémulations musculaires, ataxie et crises convulsives, notamment chez des chiens ayant un historiques de troubles épileptiformes, mais aussi chez des animaux n’en ayant jamais présenté. Les fabricants ont ainsi dû modifier leurs notices, où l’on peut désormais lire : « des effets gastro-intestinaux bénins (vomissements, diarrhée), du prurit, de la léthargie, de l’anorexie et des signes neurologiques (convulsions, ataxie et tremblements musculaires) ont été rapportés très rarement. Ces événements sont généralement de courte durée et disparaissent spontanément. » Cependant, les consommateurs américains et européens ont signalé des cas de signes digestifs sévères voire mortels, de troubles rénaux et hépatiques graves, et de signes neurologiques irréversibles, apparus suite à la prise d’un de ces produits. La relation avec la prise de ces comprimés n’a pas pu être établie, et des affections ou traitements concomitants pourraient en être responsables, néanmoins la répétition des cas signalés invite tout de même à la prudence. Bien sûr, de nombreux chiens consomment régulièrement ces produits et ne souffrent d’aucun effet secondaire, mais la question est de savoir si nous sommes prêts à prendre le risque…

Des signes neurologiques sont par ailleurs signalés chez l’homme également, ainsi l’on peut lire sur la notice du Simparica : « L’ingestion accidentelle du produit peut provoquer des effets indésirables, tels que des signes neurologiques transitoires d’excitation. »

Enfin, concernant les dangers pour l’environnement, ces molécules sont très toxiques pour les organismes aquatiques.

Le spinosad

Il s’agit de la molécule composant le Comfortis, anti-puces pour chats et chiens sous forme de comprimés, actifs pendant quatre semaines. Le spinosad est aussi utilisé en agriculture.

Le spinosad fonctionne par activation des récepteurs nicotiniques de l’acétylcholine des insectes, sur un site de liaison différent de celui de l’imidaclopride, qui entraîne une excitation nerveuse avec des contractions et des tremblements musculaires, la prostration, la paralysie et la mort rapide des puces.

La notice du Comfortis spécifie : « Utiliser avec prudence chez les chiens et les chats présentant une épilepsie préexistante.[…] Chez les chiens, les vomissements sont un effet indésirable fréquemment observé […] Dans la majorité des cas, les vomissements constituaient un événement passager, léger et n’exigeant pas de traitement symptomatique. Les autres réactions indésirables chez les chiens étaient peu fréquentes ou rares et incluaient léthargie, anorexie, diarrhée, ataxie et convulsions. […] Chez les chats, les vomissements sont un effet indésirable fréquemment observés, […]. Les autres réactions indésirables fréquemment observées chez les chats étaient la diarrhée et l’anorexie. La léthargie, la perte de vitalité et la salivation étaient peu fréquents. Les convulsions étaient des effets indésirables rares. » De plus, il est sécrété dans le colostrum et le lait des femelles allaitantes, et son innocuité n’a pas été vérifiée chez les chiots et chatons allaités, ni chez les femelles en gestation. Enfin, «le spinosad est susceptible d’interagir avec d’autres substrats (par ex. digoxine, doxorubicine) et pourrait potentialiser les effets indésirables de ces molécules ou compromettre leur efficacité. Les rapports post-commercialisation, suite à l’utilisation concomitante hors-AMM de doses élevées d’ivermectine et de Comfortis, ont fait état de tremblements/secousses musculaires, salivation/hypersyalie, convulsions, ataxie, mydriase, cécité et désorientation chez les chiens. »

Il est également rapporté que des effets secondaires peuvent être rencontrés suite à l’ingestion accidentelle chez l’homme, et notamment les enfants, sans que la nature de ces effets secondaires soient spécifiés.

Enfin, l’élimination du spinosad se fait principalement par voie fécale et sous forme de métabolites normalement inactifs, d’où un faible impact sur l’environnement. Cependant, il n’en reste pas moins vrai que le spinosad est légèrement toxique chez les poissons d’eau douce, les invertébrés aquatiques d’eau douce et les plantes vasculaires, faiblement toxique chez les algues vertes, légèrement toxique chez les oiseaux, et extrêmement toxique chez les abeilles. [1]

Antiparasitaires externes naturels : moindre rémanence, moins d’effets néfastes

Les antiparasitaires externes naturels peuvent être insecticides ou acaricides, mais sont aussi plus souvent répulsifs. Ils peuvent aussi avoir pour objectif combiné de renforcer la résistance de l’animal contre les parasites. Ils ont en général une action peu rémanente et nécessitent d’être appliqués plus régulièrement. C’est pourquoi ils doivent également être associés à aux mesures hygiéniques discutées dans notre article sur les parasites externes et internes (de même que les antiparasitaires chimiques). Ils ont pour la plupart peu voire pas d’effet négatifs sur l’animal traité, son propriétaire ou l’environnement, mais certains peuvent tout de même avoir des effets toxiques, et des précautions doivent tout de même être prises, surtout si vous fabriquez vous-même ces produits ou les achetez dans le commerce sans le conseil d’un vétérinaire.

Les huiles essentielles

Les huiles essentielles sont fréquemment utilisées comme antiparasitaires externes naturels. En effet, un certain nombre d’entre elles ont des effets insectifuges et insecticides prouvés. Elles peuvent être utilisées en traitement préventif ou curatif, d’autant plus qu’elles ont aussi pour la plupart des propriétés anti-infectieuses voire anti-prurigineuses. De plus, leur effet répulsif s’applique aussi bien aux puces et tiques qu’aux insectes volants tels les moustiques, qui peuvent aussi transmettre des maladies vectorielles. Enfin, la synergie des divers composants des huiles essentielles diminue fortement la probabilité de développement de résistances.

De nombreux sites proposent des mélanges d’huiles essentielles à diluer dans une huile végétale avant de l’appliquer en spot-on, ou dans un mélange de vinaigre et d’eau avant de l’appliquer en spray. La rémanence est courte, et le mélange doit être appliqué au moins chaque semaine, ou avant chaque sortie.

Il convient toutefois d’être prudent dans l’utilisation des huiles essentielles, car certaines peuvent avoir des effets hépatotoxiques, néphrotoxiques, neurotoxiques, allergisants ou photosensibilisants. Il faut d’autre part être particulièrement prudents avec les chats : ceux-ci sont dépourvus d’une enzyme nécessaire à la métabolisation des huiles essentielles, qui peuvent donc être chez eux particulièrement toxiques. De même, un animal malade, notamment avec un problème hépatique ou rénal, ou un historique de signes neurologiques, sera plus susceptible de souffrir de leur potentielle toxicité. Il est donc recommandé de solliciter les conseils de votre vétérinaire.

Pour ce qui est du propriétaire de l’animal ainsi traité, les huiles essentielles ayant une grande capacité de pénétration cutanée, pourront avoir sur lui/elle les mêmes effets que sur l’animal. En particulier, les femmes enceintes doivent être vigilantes lors de la manipulation de certaines huiles essentielles, qui peuvent être abortives ou foetotoxiques.

Concernant l’environnement, le risque est faible malgré les propriétés insecticides des huiles essentielles, car les quantités utilisées sont très faibles, et le délai de rémanence court.

L’huile de noix de coco

Cette huile est réputée antiparasitaire et répulsive pour les insectes en application externe. Cependant, si une étude récente a montré que certains acides gras à chaîne moyenne contenus dans cette huile avaient un effet répulsif sur les insectes volants pendant deux semaines et les tiques pendant 1 semaine, elle a aussi montré que l’huile entière est inefficace (Junwei 2018).

L’huile de margosa ou neem

On la trouve dans de nombreux produits anti-puces commerciaux, sous forme de pipettes, colliers, sprays ou shampoings. Son action insecticide (liée à l’azadirachtine qu’elle contient) et répulsive en application topique est reconnue. Cependant, elle n’est pas sans dangers pour l’animal. Sa toxicité est principalement liée à l’ingestion, avec des effets hépatotoxiques et une hyperthrophie thyroïdienne. Il n’est donc pas recommandé de l’utiliser sur les chats, en raison de leur toilettage important qui augmente la probabilité d’ingestion du produit. De plus, comme tout insecticide, elle est toxique pour les abeilles.

Le géraniol

On trouve le géraniol dans de nombreux antiparasitaires externes dits naturels (bien qu’il s’agisse d’une molécule extraite de plantes mais pas de plante entière), sous forme de pipettes, colliers ou sprays. Il s’agit d’un monoterpène ou alcool terpénique insaturé, que l’on retrouve dans certaines huiles essentielles, comme le géranium rosat, le citron, la citronnelle, le palmarosa ou la rose. Il exerce une action répulsive et biocide contre les insectes, notamment les puces et les moustiques, et contre les acariens, comme les tiques et les agents de gale. Il est très peu toxique, même chez le chat, le principal risque étant une réaction allergique au contact cutané, et aurait même des propriétés anti-cancéreuses. [8] Il est également peu toxique pour l’environnement, dans lequel il persiste très peu.

Le pyrèthre

Le pyrèthre, que l’on trouve dans certains spot-on et sprays dits naturels, est une substance insecticide extraite des fleurs de nombreux chrysanthèmes et du Pyrèthre de Dalmatie, et qui contient six esters (ou composés) actifs : les pyréthrines. C’est à partir du pyrèthre qu’est fabriquée la perméthrine, il a donc les mêmes modes d’action et la même toxicité, notamment pour les chats.

Les mélanges de plantes

Dans la lutte contre les parasites externes, les plantes ou mélanges de plantes administrés par voie orale ont vocation à renforcer l’immunité de l’animal et améliorer son terrain, afin de l’aider à lutter lui-même contre les parasites. En effet, un animal en bonne santé, recevant une bonne alimentation, doit pouvoir se défendre lui-même contre les parasites. En revanche, s’il souffre par exemple d’une maladie infectieuse, sa capacité de lutte contre les parasites sera diminuée, car ces deux aspects font intervenir un mécanisme immunitaire différent. De même, un animal souffrant de carence aura une moins bonne immunité.

De plus, certaines plantes, comme notamment l’ail, sont sensées contribuer à la lutte contre les parasites externes en modifiant l’odeur corporelle de l’animal. Cependant, l’ail est toxique chez le chien et le chat, chez qui elle peut provoquer des anémies hémolytiques.

La terre de diatomées

La terre de diatomées est composée de coquilles de silice synthétisées par les diatomées, des algues unicellulaires, fossilisées. C’est une poudre constituée à 90% de dioxyde de silicium, le reste étant constitué d’oligoéléments. Elle agit mécaniquement, provoquant la déshydratation et la mort des insectes et acariens à son contact.

La terre de diatomées doit être appliquée sur le pelage l’animal, en prenant garde à ne pas lui en faire respirer (attention notamment aux animaux souffrant de problèmes respiratoires). Elle peut aussi être utilisée pour traiter la maison : appliquée dans les endroits où l’animal passe du temps, elle doit laissée en place une journée, puis aspirée. Le traitement doit être renouvelé chaque semaine pendant 3 semaines, pour se débarrasser des larves. La terre de diatomée n’a pas d’effet toxique sur l’animal, ou l’homme. De plus, comme son action est mécanique, les insectes et acariens ne peuvent développer de mécanisme de résistance.

En ce qui concerne l’environnement, les quantités utilisées sur votre chien ou chat sont trop faibles pour avoir un impact sur les insectes tels que les abeilles ou autres. De même en cas de baignade, car son effet insecticide s’exerce lorsqu’elle est sèche.

Sources

[1] https://www.sagepesticides.qc.ca

[2] https://www.anses.fr

[3] https://www.fda.gov/AnimalVeterinary/NewsEvents/CVMUpdates/ucm620934.htm

[4] GENERATIONS FUTURES -Avril 2014 :Quelles expositions des enfants auxpesticidesperturbateurs endocriniens ?

[5] CAM M.Induction of Amyloid-β42 Production by Fipronil and Other Pyrazole Insecticides. JAlzheimers Dis. 2018; 62:1663-1681

[6] VIEL JF. and al. Pyrethroid insecticide exposure and cognitive developmental disabilities inchildren: the Pelagie mother-child cohort. Environment International. 2015, 82: 69-75

[7] http://www.artac.info/fic_bdd/pdf_fr_fichier/Classification_des_additifs_13299194710.pdf

[8] Geraniol — A review of a commercially important fragrance material, W. Chen, A.M. Viljoen, South African Journal of Botany, 2010.

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