Poil hirsute, pelage hivernal qui ne tombe pas au printemps, fatigue, perte de poids, augmentation de la consommation d’eau, mais aussi fourbure chronique… Nombreux sont les chevaux âgés qui souffrent de la maladie de Cushing, diagnostiquée ou non. Le traitement classique, le pergolide, est efficace, mais son coût conséquent peut mettre un frein au traitement voire le rendre tout simplement inenvisageable (comptez environ 80 euros par mois pour un cheval de 500kg, à vie). Si votre cheval souffre du Cushing et que le traitement classique est trop onéreux pour votre bourse, ou si tout simplement vous souhaitez un traitement plus naturel, soyez rassurés, une alternative existe : en effet, certains extraits de plantes, comme le gattilier, ont montré une efficacité intéressante dans le traitement de cette affection, d’autant plus lorsqu’ils sont mis en place dans le cadre d’une gestion holistique du patient.

Le Cushing des équidés, une maladie endocrinienne dégénérative

Le Cushing du cheval âgé, ou Dysfonctionnement de la Pars Intermedia de la glande Pituitaire (DPIP) est une maladie endocrinienne dégénérative qui frappe de nombreux équidés de plus de quinze ans. Le Cushing du cheval est plus complexe que celui du chien ou de l’homme, car son origine est différente. Contrairement aux formes canine et humaine, il ne s’agit pas d’une maladie tumorale, mais dégénérative : c’est en effet la dégénérescence des neurones produisant la dopamine dans l’hypothalamus, qui induit une augmentation de la production de certaines molécules par la pars intermedia de l’hypophyse. Il en résulte une augmentation de la production de cortisol, mais aussi des béta-endorphines et de la prolactine, qui s’accompagne régulièrement d’une résistance à l’insuline.

Des signes cliniques faciles à reconnaître

Les principaux signes cliniques du Cushing équin sont l’hypertrichose (le poil d’hiver ne tombe plus, l’animal présente un pelage hirsute, avec un poil long et bouclé), l’amaigrissement et la fonte musculaire, les dépôts de gras au niveau de l’abdomen, des salières et des paupières, la léthargie, la polyuro-polydypsie (augmentation de la prise de boisson et de l’élimination urinaire), la fourbure chronique, les retards de cicatrisation et la sensibilité accrue aux infections. Cette maladie touche les poneys et chevaux, mais aussi les ânes. Les premiers symptômes sont plus difficiles à repérer chez ces derniers, qui sont plus rarement diagnostiqués.

Un diagnostic par prise de sang

Le diagnostic de la maladie de Cushing est fait par un dosage de l’ACTH sanguin, une des molécules produites en excès lors de Cushing. C’est l’ACTH qui induit la production du cortisol. Le dosage se fait par une simple prise de sang. Une concentration en ACTH trop élevée est signe de Cushing. En cas de valeur douteuse, d’autres tests complémentaires peuvent être pratiqués.

Traitement allopathique ou prise en charge en médecine holistique et naturelle

Une fois le diagnostic établi, le traitement peut être mis en place. Celui-ci ne permet pas la guérison, puisqu’il s’agit d’une maladie dégénérative, liée à l’âge, mais il permet de diminuer les signes cliniques, de prolonger l’espérance de vie de l’animal et d’améliorer son confort de vie. C’est donc un traitement qui sera donné à vie.

Le traitement allopathique est le pergolide, une molécule qui se fixe sur les récepteurs de la dopamine, pour remplacer l’action de la dopamine produite en quantité insuffisante par l’hypothalamus. Les effets sont visibles au bout de quelques semaines. Un nouveau dosage de l’ACTH permet de valider son efficacité biologique. La diminution des signes cliniques valide son efficacité clinique.

Le Cushing équin peut également être traité en médecine holistique et phytothérapie. Le gattilier est une plante communément utilisée dans cette indication [1]. Ses composants lui confèrent une activité anti-prolactine, anti-oestrogène, anti-androgène, pour laquelle elle est bien connue en médecine humaine également. Elle aurait en outre une activité agoniste des récepteurs opioïdes, ainsi qu’une activité dopaminergique, cette dernière propriété étant celle qui nous intéresserait le plus dans cette indication [2]. Contrairement au pergolide, le gattilier ne ferait cependant pas diminuer les concentrations de cortisol, ACTH ou insuline [3]. En revanche, grâce à ses propriétés, une étude clinique a montré que le gattilier permet une amélioration des signes cliniques, notamment de la dépression, l’état du pelage, la polyuro-polydypsie, la sudation, et dans certains cas les crises de fourbure [4]. D’autres plantes ayant une action similaire sont prometteuses, et nous les testons en ce moment.

Outre la phytothérapie, en gestion holistique, des compléments alimentaires sont mis en place. Des aliments riches en tyrosine, précurseur de la dopamine, tels que la spiruline (riche en protéines, vitamines et minéraux) et les graines de lin (riches en omégas 3), seront avantageusement ajoutés à la ration. Il est aussi important d’apporter des anti-oxydants, notamment à travers des aliments riches en flavonoïdes comme les carottes, et riches en vitamine C, comme des baies de goji ou des cynorrhodons (faux-fruit des rosiers et de l’églantier) par exemple, ou des agrumes si votre cheval les accepte, mais aussi du varech, ou encore du vinaigre de cidre. 

L’alimentation doit également être adaptée : le Cushing pouvant être lié à une résistance à l’insuline, avec une augmentation concomitante du glucose sanguin, un régime pauvre en sucres et riche en fibres est essentiel, a fortiori dans le cas de chevaux souffrant de fourbure. La plupart des granulés du commerce, ainsi que des friandises, sont donc à proscrire. Un cheval maigre qui doit reprendre de l’état pourra être supplémenté grâce à des huiles végétales : en effet, les matières grasses sont un bon apport de calories pour les équidés, d’autant plus pour des individus pouvant souffrir d’une résistance à l’insuline et donc d’hyperglycémie.

Des mesures hygiéniques doivent également être mises en place pour compléter la prise en charge d’un équidé souffrant de Cushing. Un cheval au poil long, ayant du mal à perdre son poil d’hiver, pourra être tondu au printemps, pour son confort. Des parages réguliers doivent être réalisés, tous les deux mois, voire tous les mois, les animaux atteints de Cushing étant plus sensibles aux infections, et donc aux abcès de pied, mais aussi sujets à fourbure. Des soins dentaires réguliers doivent également être effectués.

[1 ] Veterinary Herbal Medicine, Wynn et Fougère

[2] The effects of Vitex agnus castus extract and its interaction with dopaminergic system on LH and testosterone in male mice, Nasri S1Oryan SRohani AHAmin GR, Pak J Biol Sci. 2007 Jul 15;10(14):2300-7

[3] Comparison of Vitex agnus castus Extract and Pergolide in Treatment of Equine Cushing’s Syndrome Jill Beech, VMD; Mark T. Donaldson, VMD; and Sue Lindborg, BS, CAHT, 2002 Vol. 48 AAEP PROCEEDINGS

[4] LAMINITIS TRUST CLINICAL TRIAL USING VITEX IN EQUINE CUSHING’S DISEASE, Robert Eustace BVSc Cert EO Cert EP FRCVS and Susan L. Emery

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