Il est communément admis qu’un an pour un chien ou un chat équivaudrait à sept années de vie humaine : ne voyez-vous votre médecin que tous les sept ans, en particulier au cour de l’enfance ou à un âge un peu avancé ? Pourquoi alors en irait-il autrement pour votre animal ? Les visites de santé annuelles font partie de ce que la médecine nomme prophylaxie, c’est-à-dire la médecine préventive : elles visent à détecter précocement d’éventuelles maladies et à en limiter l’apparition, d’où leur importance capitale pour la santé de votre animal.

Une vaccination raisonnée

La visite de santé annuelle se transforme souvent en vaccination annuelle, or, elle est loin de limiter à cela, comme nous le verrons plus avant. De plus la vaccination n’est pas automatiquement nécessaire tous les ans pour tous les animaux – ce n’est pas communément admis par tous les vétérinaires, mais en tous cas, c’est mon opinion.

En effet, on me demande souvent comment il se fait que nous soyons vaccinés tous les quinze ans maximum, et les animaux tous les ans. Une des raisons en est que les études concernant la durée de protection réelle conférée par un vaccin, réalisées par les fabricants pour obtenir les Autorisations de Mise sur le Marché, sont coûteuses et longues : suivre un panel de chiens pendant dix ans reviendrait à attendre dix ans avant de commercialiser un vaccin, et engendrerait des surcoûts. Les indications figurant sur les AMM s’arrêtent souvent à deux ou trois ans, et comme se sont les seules informations sérieuses disponibles, les vétérinaires s’y fient. Parfois aussi, ils se disent que c’est plus simple de le faire tous les ans, car cela évite que les gens oublient, et permet de voir régulièrement l’animal pour s’assurer qu’il va bien, car les animaux non vaccinés ne nous sont en général présentés que lorsqu’ils sont malades !

En réalité, certains vaccins pourraient être faits tous les deux ans, trois ans ou plus, et un programme de vaccination devrait toujours être individuel et adapté à chaque cas. En effet, tous les animaux ne sont pas exposés aux mêmes risques : chat ou chien d’intérieur ou d’extérieur, de ville ou de campagne, ne rencontrent pas forcément les mêmes agents infectieux. De plus, l’immunité conférée par un vaccin n’a pas la même durée pour tous les agents infectieux. Et de même, tous les animaux n’ont pas la même immunité, certains sont plus fragiles que d’autres, de part leur constitution, leur état physiologique, leur âge, une éventuelle maladie chronique, etc. Et dans certains cas, la vaccination peut être contre indiquée, comme c’est le cas notamment lors de cancers.

Tous ces éléments doivent donc être pris en considération afin de déterminer ma nécessité ou non de vacciner chaque année, et les vaccins à utiliser. De plus, si l’on veut être sûrs qu’un animal est encore protégé contre une maladie, et qu’il n’est pas nécessaire de le vacciner cette année-là, des tests rapides permettant de vérifier si la quantité d’anticorps circulants est suffisante sont désormais disponibles et réalisables à la clinique suite à une simple prise de sang. Une particularité cependant, le vaccin anti-rabbique est encadré par la législation : pour être valable, un premier rappel annuel doit être fait, au jour près, puis des rappels tous les trois ans.

Attention cependant, entendons-nous bien : je ne dis pas que les animaux ne doivent pas être vaccinés ! La vaccination peut sauver des vies, et elle a permis d’éradiquer certaines maladies qui pourraient encore revenir si l’on arrêtait la vaccination. Les vaccins classiquement réalisés sont donc importants à faire, car ils protègent votre animal contre des maladies mortelles, parfois non soignables, et très contagieuses : c’est le calendrier de vaccination qui est à revoir, et non le fait de vacciner un animal ou non !

Ceci étant dit, si votre animal n’a pas besoin de recevoir un rappel de vaccination l’année prochaine, cela ne signifie pas qu’il ne doit pas être présenté en consultation : sa visite de santé annuelle ne comprendra pas d’injection vaccinale cette fois-ci, mais reste nécessaire !

Mieux vaut prévenir que guérir

« On ne l’a jamais vu ? » demande-t-on parfois lorsqu’un nous présente un animal âgé pour la première fois en consultation. « Non, jusqu’ici, il n’a jamais eu besoin du vétérinaire ! » s’entend-on souvent répondre. Le motif de consultation est alors souvent grave : une insuffisance rénale chronique par exemple. Or, que veut dire chronique ? Cela veut dire que la maladie se développe depuis plusieurs semaines, mois voire années. Dans le cas de l’insuffisance rénale chronique, en général les premiers symptômes sont apparus il y a quelques semaines ou quelques mois, et les premiers signes biologiques – visibles à l’analyse de sang – il y a plusieurs années. Ainsi, si l’animal avait été suivi, sa maladie aurait pu être détectée précocement. Il n’aurait pas été guéri, car l’insuffisance rénale chronique (IRC) est une maladie irréversible, mais le cours de la maladie aurait pu être ralenti, et le confort de vie du patient amélioré.

Bien sûr, il ne s’agit pas toujours d’IRC, parfois c’est aussi un cancer déjà inopérable, une hépatite chronique, une insuffisance cardiaque, etc : toutes ces affections peuvent être détectées précocement grâce à un suivi régulier de l’animal, ce qui peut permettre de prolonger considérablement son espérance de vie.

En médecine holistique, qu’elle soit vétérinaire ou humaine, l’idéal est de prévenir l’apparition de la maladie plutôt que de la soigner : mieux vaut prévenir que guérir comme dit l’adage populaire ! En effet, il est souvent plus aisé de prévenir l’apparition de la maladie que d’en gérer les conséquences et de la guérir, et surtout c’est bien sûr largement préférable pour le confort de vie du patient !

Que sous-entend le terme « médecine préventive » ?

La prévention des maladies passe bien sûr par la vaccination, dont nous avons parlé ci-dessus. Mais c’est aussi la détection des premiers signes, et le soutien de l’immunité.

Soutenir l’immunité, c’est déjà s’assurer qu’elle ne travaille pas pour rien : c’est donc réaliser une vermifugation régulière, traiter contre les parasites externes, mais aussi traiter les allergies ou les inflammations chroniques. Même si votre animal ne sort pas, il peut attraper des parasites, internes ou externes. Les puces par exemples, peuvent être ramenées par vos chaussures, sous la forme notamment de larves ou d’œufs, récoltés dans la rue, ou chez d’autres personnes. Ces mêmes puces peuvent être porteuses de certains types de parasites intestinaux, que votre animal avalera en se grattant. Il peut également s’infester de parasites au contact d’autres animaux, en se promenant, à travers les aliments. C’est pourquoi il est important de le vermifuger régulièrement. En effet, les parasites déclenchent une réponse immunitaire, et peuvent à long terme épuiser la réponse immunitaire, de la même manière que les allergies, qui dirigent la réponse immunitaire vers une cible inadéquate. De plus, les parasites spolient l’animal : ils puisent dans ses réserves de protéines, d’hémoglobine, etc, et donc d’éléments indispensables au bon fonctionnement de l’immunité.

Une seconde façon de soutenir l’immunité est donc de s’assurer que tous les éléments nécessaires à son bon fonctionnement soient apportés à l’animal : des protéines de bonne qualité, des anti-oxydants, des acides gras essentiels… D’où l’importance de l’alimentation, sujet qui sera aussi abordé lors de la consultation annuelle de santé. En outre, l’alimentation a bien sûr des répercussions sur le fonctionnement du système digestif : estomac, intestins, foie, pancréas, peuvent être négativement impactés par une mauvaise alimentation, et donc, à l’inverse, protégés par une bonne gestion de l’alimentation. La peau également est fortement influencée par l’alimentation, qui lui apporte les éléments nécessaires à un fonctionnement harmonieux : une alimentation inadaptée peut donc conduire au développement de problèmes cutanés, sans parler des allergies !

Enfin, un autre élément très important pour l’immunité est la gestion du stress. En effet, le stress diminue l’immunité, notamment via la sécrétion de cortisol, qui abaisse les défenses immunitaires. Les problèmes de comportement, les situations de stress, l’anxiété, doivent donc être traitées pour garantir non seulement le confort de vie de votre animal, ce qui est bien sûr primordial, mais également pour le garder en bonne santé ! De même, les situations génératrices de douleur chronique, comme par exemple l’arthrose, vont selon le même principe abaisser les défenses immunitaires, en sus de créer une souffrance permanente, et devront donc également être abordées et traitées.

L’immunité étant soutenue, il convient alors de détecter les premiers signes de la maladie. Dans un premier temps, c’est bien sûr l’anamnèse, c’est-à-dire les informations données par le propriétaire, qui peuvent nous orienter : boit-il plus que de coutume, est-il plus fatigué, a-t-il moins d’appétit ou un appétit plus capricieux, présente-t-il des vomissements ou des soucis de transit ? Ensuite, l’examen clinique permet de détecter des anomalies, via la palpation (masses cutanées ou abdominales, problème orthopédique), l’auscultation (souffle cardiaque, bruits pulmonaires anormaux), l’observation (état de la peau, des muqueuses). Certains éléments cependant ne sont pas détectables par l’examen clinique ou l’anamnèse. C’est pourquoi des bilans sanguins réguliers sont recommandés : ils permettent de détecter un début d’anémie, une anomalie des globules blancs, un début d’insuffisance rénale, une souffrance hépatique ou pancréatique, un début de diabète, etc, avant la survenue des premiers signes cliniques. Enfin, dans le cas particulier du cancer, c’est l’imagerie qui va permettre de détecter précocement une anomalie : des radiographies thoraciques peuvent mettre en évidence des masses dans le thorax, tumeurs primaires ou métastases qui ne génèrent pas encore de signes cliniques, et une échographie abdominale peut également montrer la présence de masses abdominales non détectables à l’examen clinique, une échographie cardiaque permet d’objectiver une anomalie cardiaque si un souffle a été détecté à l’auscultation. De tels examens régulièrement effectués – par exemple les années où la vaccination n’est pas nécessaire, peuvent permettre de détecter un cancer avant qu’il ne soit trop tard et de prolonger considérablement l’espérance de vie du patient !

Un calendrier de médecine préventive canine ou féline personnalisé

Tous ces éléments pris en considération, il est alors possible de réaliser un calendrier de médecine préventive adapté à votre animal, avec des visites de santé annuelles bien sûr, au cours desquelles sont alternativement prévues les vaccinations, les bilans sanguins, les radiographies et échographies prophylactiques, en fonction de l’histoire du patient.

Une visite de santé annuelle est donc l’occasion de réaliser une vraie consultation de médecine holistique : comportement, nutrition, physiothérapie et gestion de la douleur, gestion des parasites et drainage hépatique, détection des maladies, traitement d’éventuelles maladies en cours ou chroniques… Et surtout, elle permet de maintenir votre animal en bonne santé tout au long de l’année, de prolonger son espérance de vie et d’améliorer son confort de vie ! Ne la négligez pas !

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